Motto : Crapula ingenium offuscat. Traduction : "le bec du perroquet qu'il essuie, quoiqu'il soit net" (Pascal).

Ce blog est ouvert pour faire connaître les activités d'un groupe de recherches, le Séminaire de métaphysique d'Aix en Provence (ou SEMa). Créé fin 2004, ce séminaire est un lieu d'échanges et de propositions. Accueilli par l'IHP (EA 3276) à l'Université d'Aix Marseille (AMU), il est animé par Jean-Maurice Monnoyer, bien que ce blog lui-même ait été mis en place par ses étudiants le 4 mai 2013.


Mots-clefs : Métaphysique analytique, Histoire de la philosophie classique, moderne et contemporaine,

Métaphysique de la cognition et de la perception. Méta-esthétique.

Austrian philosophy. Philosophie du réalisme scientifique.

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lundi 6 mai 2013

Recension de G. Belgioioso (éd.), Descartes. Tutte le lettere. 1619-1650, Bompiani, Milan, 2005[1].

Lynda Gaudemard (2011)


Cette nouvelle édition critique de la correspondance de Descartes, résultant d’une longue et fructueuse collaboration entre les chercheurs du Centro interdipartimentale di studi su Descartes e il Seicento de Lecce, se démarque des précédentes publications par sa présentation mais surtout par les nouvelles informations textuelles et outils heuristiques qu’elle fournit à l’intérieur d’un même volume. Outre le fait qu’elle présente l’avantage de réunir en un seul volume 732 lettres classées chronologiquement (la première publication de la correspondance de Descartes de Claude Clerselier de 1657 à 1667 se présentait en 3 volumes et contenait seulement 352 lettres), elle offre la première traduction en italien des textes en français, latin et flamand[2]. Mais cette nouvelle édition innove considérablement en insérant et réunissant dans un même volume des lettres qui ne figurent pas dans l’AT. Citons par exemple deux lettres de Descartes adressées à Mersenne qui ont été extraites de la correspondance de ce dernier[3] et qui dateraient respectivement de l’été 1625[4] et de février 1626[5]. Sept autres lettres déjà publiées dans diverses revues ont été également ajoutées[6]
Ce volume est enrichi d’une table de concordance entre les principales éditions de la correspondance de Descartes[7] qui permet de comparer l’emplacement des lettres de la présente édition avec les éditions précédentes. Trois autres tables, plus restreintes, contiennent les concordances relatives d’une part à celle The Correspondence of René Descartes. 1643[8], et d’autre part à celle de The Correspondence between Descartes and Henricus Regius[9] ; et surtout nous trouvons une table des variations entre la présente édition et celle d’Adam et Tannery qui signale les modifications opérées sur la datation et l’identité des destinataires (ou des auteurs) de certaines lettres : pas moins de 45 « variations » y apparaissent avec parfois des écarts chronologiques considérables[10] ; mais si cette nouvelle édition infirme certaines des hypothèses émises dans celle d’AT au sujet de la datation et/ou du destinataire de certaines lettres de Descartes[11], elle en précise et en confirme aussi quelques-unes[12]. Enfin, même si le mystère persiste pour certaines d’entre elles[13], l’identité des destinataires de quelques lettres qui était encore totalement inconnue, nous est enfin révélée[14]

Ajoutons que, bien sûr, les imprécisions d’AT sont connues depuis longtemps et ont déjà été dénoncées par d’autres éditions de la correspondance de Descartes (sans compter les articles) ; mais cette nouvelle édition ne s’est pas contentée de reprendre les propositions de datation déjà émises par les précédentes : quand elle ne les confirme pas, elle les corrige le plus souvent en les datant très précisément ou du moins de manière beaucoup moins approximative. 
Cette nouvelle édition comprend également un regroupement par ordre alphabétique des correspondants de Descartes où les références aux lettres dont ils sont soit les auteurs, soit les destinataires, sont citées. A la suite, nous trouvons une biographie de Descartes qui retrace le parcours intellectuel du philosophe illustré par de nombreuses références à la correspondance qui en marquent les différentes étapes. Puis nous découvrons un index biographique de ses correspondant(e)s rappelant les circonstances dans lesquelles ils sont entrés en contact avec lui, ainsi que la date de la première lettre reçue par le philosophe et la première occurrence de leur nom dans la correspondance. Cet index permet un accès clair et concis au débat scientifique et philosophique qui alimentait l’Europe du XVIIème siècle. Une bibliographie des travaux des philosophes antiques, médiévaux et modernes cités dans la correspondance et des études ayant traité de certaines lettres vient compléter cette partie consacrée aux correspondant(e)s de Descartes. Le volume est clôturé par un lexique des concepts employés par le philosophe et par un index nominum. Ce minutieux travail de traduction, de classification et d’annotation de toutes les lettres de Descartes est une référence indispensable pour le chercheur en histoire de la philosophie moderne.





[1] La présente recension précède la publication d’une nouvelle édition des œuvres complètes de Descartes réalisée sous la direction de Giulia Belgioioso ; Le Opere di René Descartes, Giulia Belgioioso (éd.), Bompiani: Milan, 2009.
[2] La première lettre rédigée partiellement dans cette langue est celle de Descartes à Waessenear 1er février 1640 (AT III, pp. 21-28) dont les parties en flamand ont été traduites en français dans les éclaircissements pp. 28-30 ; puis celle de Descartes au Magistrat d’Utrecht 6 juillet 1643 (AT IV, pp. 8-12) dont la version française a été perdue et qui est traduite dans les additions du même tome, pp. 645-648 ; enfin celle de Descartes à Brandt 18 juillet 1643 (AT IV, pp. 17-18) traduite en français dans le même volume p. 649.
[3] Marin Mersenne, Correspondance du P. Marin Mersenne, religieux minime, 17 vols., CNRS, Paris, 1932-1988.
[4] Lettre n°11, pp. 26-27, in G. Belgioioso (éd.), René Descartes. Tutte le lettere, 1619-650, Bompiani, Milan, 2005.
[5] Ibid., lettre n°12, pp. 28-29.
[6] Descartes à Marguerite Ferrand 24 février 1634 (parue d’abord dans « Revue d’histoire littéraire de la France », 79, 1979, pp. 745-746), lettre n°64, pp. 260-261 ; Descartes à Hogelande fin 1639 - début 1640 (parue dans le « British journal of history of philosophy », XII [2004], pp. 380-382.), lettre n° 237, pp. 1118-1121 ; Descartes à Wicquefort 2 octobre 1640 (parue dans « Studia Leibnitiana », XXXIV/1 (2002), pp. 100-109), lettre n° 273, pp. 1292-1293 ; Descartes à Regius entre le 2 et 16 février 1642 (parue dans « Acta Litteraria Academiae Scientiarum Hungaricae », 15, 1973, pp. 230-244), lettre n° 346, pp. 1610-1611 qui avait été présentée d’abord comme faisant partie d’une autre lettre inédite de Descartes à Regius 6 février 1642 (parue dans les mêmes actes), lettre n° 347, ibid ; Bourdin à Descartes octobre 1640 (datation signalée par les éditeurs comme incertaine), lettre n°729, pp. 2804-2805 ; Descartes à Jeanne Sain 12 mai 1605-1609, lettre n°730, pp. 2804-2806. Mais cette dernière pourrait être une lettre de Pierre Descartes.
[7] Ces éditions sont celles d’AT (nouvelle présentation, 1969-1974), de Clerselier (1657, 1659, 1667), Elzevier (1668 et 1683), Cousin (1824-1826), Roth (1926), Ch. Adam et G. Milhaud (1936-1963). Notons que l’édition de La Correspondance du Père Marin Mersenne, éditée par E.J. Bos fait aussi partie de cette table des concordances.
[8] The Correspondence of René Descartes. 1643, éd. Theo Verbeek, Erik-Jan Bos, Jeoren van de Ven, Zeno, 2003.
[9] The Correspondence between Descartes and Henricus Regius, éd. Erik-Jan Bos, Zeno, 2002.
[10] Ainsi, par exemple, la lettre de Descartes à [Boswell ?], [1646 ?] (AT, IV, pp. 684-691 et pp. 705-711) serait en fait une lettre adressée à Mersenne et datant de 1635-1636.
[11] Par exemple, la lettre de Descartes [au Marquis de Newcastle ?], [mars ou avril 1648], AT V, 133-139 est présentée dans cette nouvelle édition comme étant destinée à Silhon (ce qu’avait néanmoins déjà proposé Adam dans Vie et Œuvre de Descartes) et datant de mars ou avril 1648, p. 2535-2539 ; ou encore la lettre de Descartes à Huygens du [5 octobre 1646], AT IV 515-519 devient une lettre de Descartes à Colvius d’octobre 1646, lettre n° 574, pp. 2301-2303.
[12] Par exemple la lettre de Descartes [au Père Noël] [octobre 1637], AT I, pp. 454-456.
[13] L’identité du destinataire de la lettre de Descartes à *** [octobre 1637], AT I, pp. 458-460 n’est par exemple toujours pas établie.
[14] La lettre de Descartes sans destinataire connu de [novembre-décembre 1638] AT II, 451-455, serait une lettre destinée à Debeaune de novembre-décembre 1638, pp. 935-937 ; ou encore la lettre d’ [août 1638 ?], AT II, pp. 345-348 aurait été rédigée pour Hogelande en août 1638, lettre n° 182, pp.821-823.


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