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Ce blog est ouvert pour faire connaître les activités d'un groupe de recherches, le Séminaire de métaphysique d'Aix en Provence (ou SEMa). Créé fin 2004, ce séminaire est un lieu d'échanges et de propositions. Accueilli par l'IHP (EA 3276) à l'Université d'Aix Marseille (AMU), il est animé par Jean-Maurice Monnoyer, bien que ce blog lui-même ait été mis en place par ses étudiants le 4 mai 2013.


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dimanche 21 février 2021

Traduction de C.B. Martin, "Dispositions and conditionals" (1994), par Bruno Langlet

  

Dispositions et conditionnels (1994)[1]

 

 

Charles B. Martin

 

 

I

 

Les dispositions d’une chose peuvent changer. Elles ont une certaine durée. Un morceau de verre peut être fragile pendant une heure et cesser de l’être pendant une autre heure. Ce changement de disposition peut être obtenu au moyen d’un changement de température. Une disposition et un changement de disposition n’ont pas eux-mêmes besoin d’avoir une occurrence. Pendant l’heure où il est fragile, il n’est pas requis que le verre se brise réellement.

Il nous faut bien voir que les dispositions sont actuelles, tandis que leurs manifestations peuvent ne pas l’être. C’est une confusion élémentaire que de considérer comme des possibilia non actualisées les dispositions qui ne se manifestent pas, bien que cela puisse caractériser les manifestations non manifestées.

Si un morceau de verre se brise, il lui est arrivé quelque chose. Si un morceau de verre cesse d’être fragile, il lui est arrivé quelque chose. Dire que le verre s’est brisé, c’est dire ce qui est réellement arrivé au verre, en regard de la façon dont il diffère maintenant de ce qu’il était. Ce changement actuel du morceau de verre aurait pu se produire par des voies qui nous sont familières, ou qui nous sont seulement concevables – par l’impact d’une pierre, ou par le décret de quelque agent divin. Ce dernier ordonne « que le verre se brise » ; il se brise en effet sans faute. En va-t-il vraiment de même lorsque nous disons que le morceau de verre cesse d’être fragile ? Il cesse d’être fragile à un instant particulier. Est-ce que cela nous dit ce qui est réellement arrivé au verre, en regard de la manière par laquelle il diffère actuellement de ce qu’il était ? Est-ce qu’un changement actuel du morceau de verre aurait pu se produire par des voies qui nous sont familières, ou par des voies qui nous sont seulement concevables ? En chauffant le verre, ou par le décret de quelque agent divin ? L’agent divin ordonne « que le verre cesse d’être fragile » ; il cesse en effet de l’être, sans faute. Pourquoi ceci est-il étrange ?

L’agent divin dit « je vais faire que le verre cesse d’être fragile, mais à chaque fois qu’il lui arrive quelque chose qui le ferait se briser s’il était fragile, je vais, grâce à ma vision du futur, le rendre de nouveau fragile. Il va donc se briser chaque fois qu’arrive quelque chose qui brise du verre fragile – car en ces occasions, il va devenir fragile. À tous les autres moments je vais le faire cesser d’être fragile ». Si je prends au sérieux l’agent divin, alors lorsque j’emballe le morceau de verre et que j’appose l’étiquette « fragile, manipuler avec soin », je peux rayer le mot « fragile » tout en conservant la phrase « manipuler avec soin ». Ce serait absurde de ma part, mais l’est-ce aussi nécessairement pour l’agent divin ? Immédiatement après qu’ont été prononcés les mots venus des cieux, le verre fond. Je lui lance une pierre, et juste avant l’impact, le verre refroidit, se solidifie, et la pierre brise le verre. Puis le verre fond de nouveau. En quoi ceci est-il absurde ? Si ça ne l’est pas, comment traiter de l’état dispositionnel au moyen d’une quelconque explication formulée en termes de conditionnels ?

 

 

II

 

Les énoncés qui attribuent des dispositions causales ou des pouvoirs sont en quelque façon liés à des énoncés conditionnels (forts ou faibles). On a tenté de fournir des analyses réductionnistes des pouvoirs en termes de ces conditionnels-plus-que-matériels, c’est-à-dire en vue d’affirmer que l’attribution à un objet d’un pouvoir ou d’une disposition, est logiquement équivalente à un ou plusieurs énoncés conditionnels adéquatement formulés et choisis, qui portent sur des évènements impliquant l’objet.

L’argument de cet article va tout d’abord montrer, au moyen de deux cas imaginés, que l’équivalence affirmée n’est pas valable si l’on formule l’énoncé conditionnel d’une certaine manière, et deuxièmement, que l’on peut éviter cette conclusion si l’on reformule le conditionnel, en ayant pour seul prix à payer de rendre la reformulation triviale.

Disons que 

 

A. Le câble électrique est sous tension

 

Et

 

B.  Si le câble électrique est en contact avec un conducteur, alors le courant électrique passe du câble au conducteur

 

sont reliées de telle sorte que nécessairement (A) est vraie si et seulement si (B) est vraie.

Considérons maintenant le cas suivant. Le câble auquel il est fait référence dans (A) est connecté à une machine, un électro-traître (electro-fink), qui peut disposer d’informations fiables indiquant exactement quand le câble, qui lui est connecté, est en contact avec un conducteur. Lorsqu’un tel contact a lieu, l’électro-traître réagit (immédiatement, supposons-nous) en plaçant le câble sous tension pendant la durée du contact. En l’absence de contact, le câble est hors tension. Par exemple, le câble n’est touché par aucun conducteur à t1, puis un conducteur le touche à t2, et rien ne le touche à t3 de nouveau. Le câble est hors tension à t1, sous tension à t2, et de nouveau hors tension à t3. En somme, l’électro-traître garanti que le câble est sous tension quand et seulement quand un conducteur le touche. 

Considérons premièrement un temps où le câble n’est pas en contact avec un conducteur, par exemple à t1. Ex hypothesi, le câble n’est pas sous tension à t1. Mais le conditionnel (B) est vrai, à propos du câble, à t1. Dit d’une autre manière, il est vrai de ce câble que s’il est en contact avec un conducteur à t1, alors le courant électrique va passer du câble au conducteur, bien que le câble, n’étant pas touché par un conducteur à t1, n’est pas sous tension à t1, grâce à l’œuvre de l’électro-traître. Par conséquent le conditionnel n’est pas logiquement suffisant pour l’attribution du pouvoir dont il est supposé être l’analysans. (Ce point est mis en avant avec encore plus de force lorsque l’on considère le cas où le câble n’est jamais en contact avec un conducteur, et par suite toujours hors tension. Pourtant, le conditionnel, dans sa forme contrefactuelle est vrai : si le câble étaiten contact avec un conducteur, alors il fournirait de l’électricité !)

Deuxièmement, considérons une transition d’un temps où le câble est hors tension à un temps où le câble est sous tension (disons de t1 à t2).  Dans le langage (non analysé) des pouvoirs causaux, nous pouvons exprimer le fait de cette transition, en disant que le câble reçoit du courant électrique ou qu’il est mis sous tension. L’esprit de l’analyse en termes de conditionnels semblerait exiger que notre idée d’un objet qui acquiert ou perd un pouvoir puisse être expliquée comme un prédicat conditionnellement structuré qui s’applique, ou bien qui cesse de s’appliquer, à un objet. Cette stratégie, qui fonctionne généralement, est en échec dans le cas présent : bien que le câble soit mis sous tension à t2, il n’y a pas de prédicat conditionnellement structuré, de l’espèce pertinente, qui s’y applique à tmais qui ne le faisait pas à t1. Il semble que l’on puisse dire que dans la transition de t1 à t2, le câble a connu un changement, bien que l’analyse conditionnelle rende impossible de dire une telle chose.

Nous utilisons un interrupteur sur notre électro-traître, afin de le faire pour ainsi dire opérer de façon inverse. Ainsi, le câble est hors-tension seulement lorsqu’un conducteur le touche. À tous les autres moments, il est sous tension. À un moment t4, alors que rien ne touche le câble, ce dernier est ex hypothesi sous tension, mais le conditionnel portant sur le câble est faux à t4. Nous ne sommes pas dans un cas où le courant électrique, si le câble était en contact avec un conducteur à t4, irait de ce câble vers le conducteur, même si, puisque le câble n’est pas en contact avec quoi que ce soit à t4, il est sous tension à t4, grâce à l’œuvre de l’électro-traître. Par suite, le conditionnel n’est pas logiquement nécessaire pour l’attribution du pouvoir dont il est supposé être l’analysans. (Le câble pour lequel il n’y a – de manière constante – pas de contact est toujours sous tension, et pourtant le conditionnel est faux à son propos !) De nouveau, la machine, opérant selon un cycle inversé, rend impossible de dire, par l’analyse conditionnelle, que lors d’une transition d’un temps où le câble n’a aucun contact avec quoi que ce soit, à un temps où il est en contact avec quelque chose, ce câble connait un changement, c’est-à-dire le passage d’une tension active à une mise hors tension.

 

 

III

 

Les objets peuvent acquérir ou perdre des pouvoirs (quelques-uns). Une substance qui n’est pas malléable peut devenir malléable, un objet qui est élastique peut perdre son élasticité, et ainsi de suite. Le conditionnel qui est présenté en guise d’équivalent logique de l’attribution du pouvoir indique que les conditions de déclenchement pour la manifestation d’un pouvoir sont suffisantes pour l’occurrence de la manifestation. Selon l’analyse conditionnelle, « le câble est sous tension » dit seulement que si le câble est en contact avec un conducteur, alors il fournit de l’électricité. Ce qui détruit ultimement cette analyse est la possibilité reconnue que les objets gagnent ou perdent des pouvoirs. S’il y a un sens à dire que l’objet a possède le pouvoir P a un temps donné, et non pas à un autre temps – et il est certainement sensé de le dire de certains objets et de certains pouvoirs – alors il devrait y avoir un sens à dire à la fois que a possède Pquand et seulement quand les conditions de déclenchement sont adéquates, et que a ne possède pas P quand et seulement quand les conditions de déclenchement ne sont pas adéquates. Il devrait aussi y avoir un sens à dire que la corrélation signifiée par « quand et seulement quand » devrait être une corrélation déterminée plutôt qu’une corrélation simplement accidentelle. Les cas correspondants aux deux cycles de l’électro-traître sont faits pour illustrer exactement cette possibilité. Ils révèlent ce qui suit :

 

1.   Si les conditions de déclenchement pour la manifestation de P sont aussi causalement nécessaires et suffisantes pour que a possède P, alors le conditionnel sera vrai de a, tandis que l’attribution de P à a sera fausse à chaque fois que ces conditions de déclenchement ne sont pas adéquates.

2.   Si les conditions de déclenchement pour la manifestation de P sont aussi causalement nécessaires et suffisantes pour que a ne possède pas P, alors l’attribution de P à a sera vraie, tandis que le conditionnel sera faux pour a à chaque fois que les conditions de déclenchement ne sont pas adéquates.

 

On pourrait penser à ce stade que tout ce que cela montre, c’est que l’on ne devrait pas admettre les cas de l’électro-traître, et que les considérer comme admissibles n’est qu’une pétition de principe. Mais comme l’a dit M. C. Bradley, « tous les bons arguments philosophiques sont ou bien ad hominem ou bien des pétitions de principe ». Le point est que ces cas ne sont pas simplement des pétitions de principe. Le passage de la tension à l’absence de tension n’est pas observé au moyen de changements visibles dans le câble. Prenons le cas d’un bloc de glace fixé à un moléculo-traître.  Le bloc de glace est fragile. Mais si quelque chose le frappe, le moléculo-traître, instantanément, fait que la glace n’est plus fragile – c’est-à-dire qu’il la fait fondre.

Quiconque ayant besoin de visualisation peut considérer les cas où l’acquisition et la perte d’un pouvoir sont typiquement associées à des changements de l’objet faciles à observer.

 

 

IV

 

On peut répondre comme il suit à cet argument contre la réduction des pouvoirs. Le conditionnel ayant le rôle d’analysans, qui a été considéré plus haut, est trop simple. Personne ne croit ou ne devrait croire que les manifestations des pouvoirs font suite au simple évènement mentionné dans l’antécédent du conditionnel, indépendamment de ce que sont les circonstances. Les conditionnels qui confèrent leur sens aux attributions de pouvoir sont toujours entendus comme comportant une clause de sécurité (dont l’intégralité des détails n’est jamais communément connue). On devrait donc dire que (A) est logiquement équivalent non pas à (B) mais à 

 

B’. Si le câble est mis en contact avec un conducteur et que les autres choses demeurent égales, alors le courant électrique passe du câble au conducteur[2].

 

La critique de l’équivalence affirmée entre (A) et (B) n’est plus valable lorsque l’équivalence porte sur (A) et (B’). Car les performances de l’électro-traître sont incluses parmi les autres choses dont il est requis par l’analyse qu’elles demeurent égales. Le câble qui est hors tension à t, bien que le courant électrique le traverserait s’il était en contact avec un conducteur à t, n’est pas sous tension, mais hors tension, dans cette analyse conditionnelle modifiée. Pour être actif à t, le courant électrique devrait venir du câble, en l’absence de tout changement dans les circonstances pertinentes, exception faite de la mise en contact du câble et d’un conducteur. La condition n’est pas satisfaite dans le premier cas décrit au-dessus. Une fois de plus, le câble, qui est sous tension à t, quoique le courant ne le traverserait pas s’il était en contact avec un conducteur à t, est sous tension dans l’analyse conditionnelle amendée, il n’est pas hors tension. Pour qu’il soit hors tension à t, il faudrait qu’il soit le cas que le courant ne vienne pas du câble s’il était mis en contact à t et qu’aucun changement pertinent n’ait lieu. Cette condition n’est pas satisfaite dans le second cas décrit plus haut. Par suite, ces cas échouent à réfuter l’affirmation que (A) et (B’) sont équivalentes.

Pour évaluer cette objection, on devrait demander ce qui, dans les performances de notre électro-traître, justifie qu’elles soient incluses parmi les circonstances pertinentes de la manifestation de ce pouvoir.

Peut-être que la meilleure façon d’envisager cette question est d’imaginer qu’il y a d’autres appareils qui amènent les mêmes effets que l’électro-traître. Eux aussi devront être comptés parmi les « autres choses » pertinentes. Afin de sécuriser l’équivalence de (A) et de (B’), cet ensemble doit être l’ensemble de tous les évènements de cette nature. Le principe d’inclusion dans l’ensemble, c’est la similarité des effets produits par chacun des évènements membres. La similarité certes mais sous quel rapport ? La réponse est que chacun de ces évènements fait apparaître qu’il n’est pas le cas que le câble est sous tension à un certain temps. C’est le rapport sous lequel se ressemblent les uns les autres, au regard de leurs effets, les évènements inclus dans l’ensemble couvert par la clause ceteris paribus. Une compréhension du principe d’inclusion dans l’ensemble est requise pour une compréhension de la clause de sécurité, qui doit quant à elle être comprise pour que (B’) soit considéré comme donnant le sens de (A). 

Il est maintenant possible de dire ce que l’objection établit et ce qu’elle ne parvient pas à établir. Il nous faut comprendre (B’) de manière telle que la clause selon laquelle « les autres choses sont égales » couvre les œuvres de l’électro-traître tout aussi bien que pour quoi que ce soit d’autre produisant des effets similaires aux siens. Ainsi entendu, (B’) ne peut toutefois pas être utilisée dans une analyse réductionnelle de l’attribution des pouvoirs. Car ce que (B’) dit, à partir de l’interprétation que nous en avons faite afin de sécuriser son équivalence avec (A), est : « si le câble est en contact avec un conducteur, et que rien n’arrive qui rendrait faux que le câble est sous tension, et que pourtant les autres choses sont égales, alors le courant électrique transite du câble au conducteur ».

Ce que montre l’objection est qu’il y a un conditionnel équivalent à (A), c’est-à-dire (B’). Mais on ne peut pas réduire (A) à (B’) car (B’) doit être construit de façon à requérir l’intelligibilité de (A) préalablement à toute réduction. Sans comprendre (A) nous ne savons pas que faire de la clause ceteris paribus. Par contraste, (B) n’a pas à être construit de la sorte. Mais (A) et (B) ne sont pas équivalents. En conclusion, il ne peut pas y avoir de conditionnel qui soit à la fois logiquement équivalent à l’attribution d’un pouvoir catégorique et tel qu’il soit compatible avec l’élimination des prédicats de pouvoir ou dispositionnels. Si l’explication réductionniste des pouvoirs requiert qu’il y ait une telle condition, comme nombre de philosophes l’ont pensé, alors cette explication est fausse.

 

 

V

 

On peut montrer le caractère grossier des conditionnels, lorsqu’ils sont pris comme instruments linguistiques pour indiquer des facteurs causaux, en considérant la manière par laquelle une explication conditionnelle forte pourrait être fournie à propos d’un évènement E, de telle sorte qu’absolument rien ne fût causalement opérant pour son occurrence. Ce serait un cas de pur hasard.

Dans un tel cas de pur hasard, aucune condition nécessaire ne serait vraie pour cette occurrence de E. Tout ce qui est de la forme du conditionnel contrefactuel fort « Si C n’avait pas été le cas, alors E n’aurait pas été le cas » serait faux. Cela resterait valable si C était l’occurrence de quelque chose ou l’absence d’occurrence de quelque chose. Ainsi, d’après l’explication en termes de conditionnel fort, une absence de cause, un évènement purement hasardeux, devient quelque chose qui se serait produit, quel que soit ce qui d’autre s’était produit – la non-évitable nécessité naturelle la plus forte du monde ! Ceci est absurde.

 

 

VI

 

La tentative pour traiter des affirmations dispositionnelles en termes d’affirmations contrefactuelles dépend (i) de la formulation d’une explication de ce qui a besoin d’être le cas pour qu’une affirmation contrefactuelle soit vraie ou appropriée ou correcte ; et lorsque cette explication est disponible, alors (ii) il est requis que soit montré qu’elle est suffisante pour les dispositions. Cet article a consisté à fournir un argument pour affirmer qu’il n’y a pas d’espoir pour le succès de (ii). Un éclairage supplémentaire peut être jeté sur cela, lorsque l’on en vient à comprendre les problèmes que rencontre (i). Poser des questions très simple peut aider ici.

Comment quoi que ce soit – propriété, état de choses, voire régularité, ou ce que vous voudrez – peut être suffisant pour rendre un contrefactuel vrai, approprié ou correct ? Comment ce qui est concerne-t-il ce-qui-aurait-été-(mais-n’a-pas-été)-si-quelque-chose-d’autre-avait-été-(qui-n’a-pas-été-non-plus) ?

Il faudrait qu’il soit montré comment la moindre de ces régularités ou le moindre de ces honnêtes occupants spatio-temporels de premier ordre pourraient ainsi atteindre de tels royaumes du non-être. (David Lewis voit en cela plus clairement que beaucoup d’autres, et propose de nombreux mondes du premier ordre pour accomplir la tâche.) Pour le reste, on peut trouver un refuge protégé au sein des faits contrefactuels du second ordre. Ceci est un appel à l’obscur fait-allant-à-l’encontre-des-faits, c’est-à-dire à la pure contrefactualité.

Sur cette base, en appeler aux dispositionnalités comme à des faits obscurs non localisés de second ordre (ce qui a aussi été appelé « dispositions ryléennes ») à propos de quelque chose ne tend pas moins vers le mysticisme que ne le fait l’appel aux contrefactualités.

Si les contrefactualités et les dispositionnalités (ou faits contrefactuels et faits dispositionnels) ne conviennent pas, et si, comme nous l’avons vu, la contrefactualité ou la conditionnalité fortes ne peuvent expliquer les dispositions, alors il n’y a rien vers quoi se tourner, si ce n’est vers les pouvoirs ou dispositions actuelles de premier ordre. Comment pourrait-on commander à quoi que ce soit d’autre d’accomplir par nature cette tâche ?

L’argument central de l’article va à l’encontre de toute tentative d’expliquer les dispositions en faisant par essence usage de conditionnels forts et de contrefactuels. Les contrefactuels « causaux » ont bien sûr une place ici, mais seulement en tant qu’ils sont, vis-à-vis des dispositions, des signes linguistiques inexacts et grossiers, et c’est à cette place qu’ils doivent demeurer[3].

 

(Traduction Bruno Langlet)



[1] « Dispositions and conditionals », The Philosophical Quarterly, 1994, Vol.44, n°174, pp.1-8.

[2] Le besoin d’une clause de garantie a été noté par Nelson Goodman dans Fact, fiction and Forecast, 2nd édition, (Indianapolis : Bobbs-Merri, 1965), p.39.

[3] L’idée principale de cet article (présentée dans la section I) est née à l’Université d’Adélaide en 1957, et a été élaborée à l’université de Sydney en 1967, pour être récemment finalisée, par la persuasion des amis. Je souhaite remercier J.J. Smart, D. M. Armstrong et Wal Suchting pour leurs commentaires critiques, et George Molnar pour m’avoir aidé et encouragé de manière subtile et positive.

Elizabeth Prior, Rbert Pargetter et Frank Jackson (“Three cases about dispositions”, American philosophical quarterly, 19 (1982), pp.251-7) considèrent un cas mis en avant par A. D. Smith (« Disposional properties », Mind, 86 (1977), pp. 439-45) qui diffère de manière importante des cas mis en avant dans le présent article, et la critique de Priot, Pargetter et Jackson ne s’applique pas aux cas que j’ai présentés.

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