Motto : Crapula ingenium offuscat. Traduction : "le bec du perroquet qu'il essuie, quoiqu'il soit net" (Pascal).

Ce blog est ouvert pour faire connaître les activités d'un groupe de recherches, le Séminaire de métaphysique d'Aix en Provence (ou SEMa). Créé fin 2004, ce séminaire est un lieu d'échanges et de propositions. Accueilli par l'IHP (EA 3276) à l'Université d'Aix Marseille (AMU), il est animé par Jean-Maurice Monnoyer, bien que ce blog lui-même ait été mis en place par ses étudiants le 4 mai 2013.


Mots-clefs : Métaphysique analytique, Histoire de la philosophie classique, moderne et contemporaine,

Métaphysique de la cognition et de la perception. Méta-esthétique.

Austrian philosophy. Philosophie du réalisme scientifique.

mercredi 20 mai 2015

Traduction de G. Rodriguez-Pereyra, "El problema metafisico de la verdad". Par Alejandro Pérez


Le problème métaphysique de la vérité [1]


Gonzalo Rodriguez-Pereyra



1. Qu'est-ce que la vérité ? Beaucoup, parmi lesquels je me compte, sont tentés de donner une réponse « correspondantiste » à cette question. Exposée d'une façon très générale, cette réponse consiste à dire que la vérité des vériporteurs –  des énoncés, propositions, ou de quoi que ce soit – réside dans leur correspondance avec la réalité. Bien sûr, diverses versions de la Théorie de la Vérité comme Correspondance (TVC) expliqueront différemment la relation de correspondance postulée par la théorie, et s'engageront envers divers relata de la relation de correspondance (i.e. , du côté des vériporteurs, les versions de la TVC peuvent opter pour les phrases, propositions, énoncés et croyances comme termes de la relation de correspondance,  et du côté des corrélats ontologiques, elles peuvent opter pour les faits, les particuliers concrets ou les tropes, entre autres). Mais l'idée de base de la TVC est que pour une classe significative de vérités au moins, la vérité d'un vériporteur consiste dans une certaine relation qu’il a avec une certaine entité – cette entité étant ce qui rend vrai le vériporteur en question –, où vériporteur et vérifacteur (truthmaker) entretiennent cette relation en vertu des pouvoirs représentationnels du vériporteur[2]. C’est cette théorie générale, disant que la nature de la vérité réside dans la correspondance entre vériporteurs et vérifacteurs, qu’on appelle ici TVC. Selon la TVC, toutes les vérités, ou, au moins, les vérités auxquelles la TVC s'applique, ont une propriété en commun, à savoir qu'elles correspondent à la réalité, en vertu de laquelle elles sont vraies.


Le récent livre d'Eduardo Alejandro Barrio, La Verdad Desestructurada, constitue un défi important pour tous ceux qui sont enclins à adopter la TVC. L'objectif de Barrio, dans son livre, est de montrer qu'il n'y a pas de motifs suffisants pour accepter la TVC (Barrio, 1998 : 13). La stratégie de Barrio consiste d'abord à montrer de manière plausible que la meilleure définition du prédicat véritatif – i.e. la définition Tarskienne –  n'est pas une version de la TVC,  puis à montrer qu'il n'y a pas de raisons « a posteriori » de se tourner vers la TVC, étant donné que la notion de vérité–correspondance ne joue pas un rôle vital dans la résolution de nos problèmes sémantiques, épistémologiques et métaphysiques (Barrio, 1998: 41, 86). Je pense que Barrio n’a pas tort lorsqu’il affirme que la définition Tarskienne n'est pas une version de la TVC, et que dans les problèmes métaphysiques, épistémologiques et sémantiques qu'il envisage, la notion correspondantiste de la vérité  n'est pas indispensable. Cependant, comme je le soutiendrai dans cet article, il y a un problème que Barrio n'envisage pas, et pour lequel la solution la plus plausible serait la TCV. En ce cas, il y aurait des raisons de la défendre.



2. La théorie de la vérité soutenue par Barrio est le Déflationnisme. Le Déflationnisme s’oppose à la TVC, puisque selon lui, les énoncés vrais (pour me conformer au travail de Barrio, je tiendrai les énoncés pour les vériporteurs) n'ont pas une propriété commune en vertu de laquelle ils sont vrais (Barrio 1998:26-27). L'idée essentielle du Déflationnisme version Barrio est que la vérité est uniquement un mécanisme de décitation (disquotation) (Barrio 1998: 74). C'est-à-dire : le datum duquel part le Déflationnisme est l'équivalence entre tout énoncé « S » et un énoncé du type « S » est vrai[3]. Et la position déflationniste affirme que tout ce que l’on peut dire de manière signifiante et vraie, au sujet de la vérité, est que « César a été assassiné » est vrai si et seulement si César a été assassiné ; « Le drapeau argentin est bleu et blanc » est vrai si et seulement si le drapeau argentin est bleu et blanc, etc. En d'autres termes, selon le Déflationnisme, la véritable théorie philosophique de la vérité s'épuiserait dans la spécification des conditions de vérité pour chaque énoncé du langage.
Ainsi, on pourrait définir l'expression « x est vrai » par l'intermédiaire d'une liste comme celle qui suit : x est vrai si et seulement si x = « La lune est ronde » et la lune est ronde, ou x = « Cordoue est la capitale de la Hongrie » et Cordoue est la capitale de la Hongrie, etc. Or pour diverses raisons, comme le besoin d'éviter les paradoxes sémantiques et d’appliquer la définition à des langages ayant des énoncés infinis, il est probable que le déflationniste tende, comme le fait Barrio, vers des définitions plus sophistiquées, comme par exemple la définition Tarskienne, laquelle évite le problème des paradoxes en définissant le prédicat véritatif pour les langages sémantiquement fermés, et permet l'application de la définition à des langages ayant des énoncés infinis en faisant appel à des techniques récursives. En tout cas, comme Barrio le reconnaît, lorsque la question est de savoir si la vérité possède ou non une nature sous-jacente, la différence entre une définition récursive et une définition se limitant à donner une liste des conditions de vérité de chaque énoncé, est de moindre importance (1998: 34).


Barrio résume la position déflationniste en trois points  : (a) il n'y a pas de nature sous-jacente au prédicat véritatif, (b) tout ce que l’on peut dire sur la vérité d'un énoncé comme « César a été assassiné » reste exprimé par l'équivalence  « César a été assassiné » si et seulement si César a été assassiné, et (c) ces équivalences sont des définitions fixant l'extension de la vérité ; elles ne sont ni des conjectures empiriques portant sur des faits sémantiques liés à la signification des énoncés, ni des analyses reconstructives qui éclairent la nature du concept intuitif de vérité (Barrio 1998:35).
De cette manière, pour le déflationniste, la seule chose qui peut être dite sur la vérité d'un énoncé vrai tel que « La neige est blanche » est que « La neige est blanche » est vraie si et seulement si la neige est blanche. Tout recours à une relation entre l'énoncé et les faits – ou la réalité en général – est hors de propos. La définition Tarskienne constitue une définition appropriée du prédicat véritatif et n'implique pas d’idées de la TVC. En plus, comme le soutient Barrio dans la deuxième partie de son livre, la TVC ne joue aucun rôle vital en métaphysique (e.g. elle n'est pas impliquée par le réalisme), ni en épistémologie (elle n'est pas nécessaire pour rendre compte de la raison par laquelle nos processus justificatifs conduisent à la vérité, ni pour expliquer le succès prédicatif de nos meilleures théories scientifiques), ni en sémantique (elle n'aide pas à tirer au clair la signification des énoncés).



3. Je ne vais pas remettre ici en question les arguments de Barrio sur l’omission théorique de la TVC dans les problèmes métaphysiques, épistémologiques et sémantiques qu'il discute. Cependant, la vérité ne pourrait-elle pas avoir une nature correspondantiste ? La réponse de Barrio est « Non », et sa réponse se fonde sur le fait que pour le Déflationnisme, la vérité est seulement un mécanisme de décitation et que, par conséquent, dans une définition déflationniste, le prédicat véritatif n'exprime aucune propriété applicable à des énoncés, ni la propriété de correspondre à la réalité, ni aucune autre (Barrio, 1998 : 74). Barrio a raison de soutenir que dans une définition déflationniste, le prédicat véritatif n'exprime pas de propriété applicable à des énoncés. Peut-être a-t-il aussi raison de soutenir que la définition déflationniste du prédicat véritatif est la meilleure. Mais de cela, il ne suit pas qu'il n'y ait aucune propriété commune intéressante et substantive en vertu de laquelle les énoncés vrais sont vrais. Si une ou plusieurs communautés linguistiques usent d’un terme pour exprimer ou non une propriété, il ne s’en suit pas que les choses auxquelles ce terme s'applique possèdent ou non une propriété sous-jacente en vertu de laquelle le terme en question s’applique à elles. Par exemple, le terme « eau » pourrait signifier « substance liquide qui se trouve naturellement dans les rivières, les lacs et les mers et qui est présente quand il pleut ». Si nous utilisons « eau » avec cette signification, alors nous ne l'utilisons pas pour exprimer une propriété sous-jacente à ce à quoi le terme s'applique et en vertu de laquelle cette substance est ce qu’elle est. Cependant, il y a une telle propriété qui explique ce qu’est l'eau, à savoir la composition chimique H2O. De la même façon, quand le prédicat véritatif ne serait rien d’autre qu’un mécanisme de dé-citation, comme le soutient Barrio, ou un dispositif pour la généralisation, comme le soutient Paul Horwich (1998 : 146), et non pas un prédicat que nous utilisons pour attribuer une propriété sous-jacente à certains énoncés, il ne s’en suit pas qu'il n'y ait pas de propriété commune sous-jacente aux énoncés auxquels le prédicat véritatif s'applique.


Je soutiens que le problème de la vérité ne s'épuise pas dans le problème du prédicat véritatif. Le propos de Barrio, du déflationniste, mais aussi du correspondantiste tel qu’il le conçoit (Barrio 1998 : 25, 33, 40), est de donner une définition de la vérité. Or, une définition provient d'un concept ou d'un terme. Et j'estime que la définition du prédicat véritatif offerte par le déflationniste est probablement la bonne. Mais il y a un autre problème qui n’est pas lié au prédicat véritatif, mais à la nature de ce à quoi il s'applique. C’est un problème métaphysique, et non pas un problème concernant ce que signifie un certain prédicat, ou concernant la fonction de ce prédicat dans notre appareil conceptuel, ou portant sur notre manière de l'utiliser, ou sur ce que nous faisons lorsque nous l'utilisons, mais un problème qui consiste à savoir ce que c’est que d’être vrai. Envisagez la totalité des énoncés vrais : pourquoi ceux-ci, et rien d’autre que ceux-ci, sont-ils tous vrais ? En vertu de quoi sont-ils vrais[4] ? À défaut d'un meilleur nom, je vais appeler le problème soulevé par ces questions le problème métaphysique de la vérité. Il s’agit d’un problème que Barrio n'envisage pas, étant donné qu’il se concentre sur ceux relatifs au prédicat véritatif, et je crois que la meilleure réponse est celle qui est avancée par la TVC, c’est-à-dire celle disant que les énoncés vrais le sont en vertu de leur correspondance avec la réalité.



4. Mais le problème métaphysique de la vérité est-il un problème légitime ? Ne présuppose-t-il éventuellement pas qu'il y ait une propriété commune aux énoncés vrais, en vertu de laquelle ils sont vrais ? Et cela, n’est-ce pas ce qu’il faut prouver et non pas présupposer ?


Non, le problème métaphysique de la vérité ne présuppose pas ce qui est suggéré par la deuxième de ces questions, car une réponse possible au problème métaphysique de la vérité serait qu'il n'y a rien en vertu de quoi les énoncés vrais sont vrais. Cette réponse n’a pas besoin de nier que « La neige est blanche » est vrai parce que la neige est blanche, ou de nier que « Mendoza est jolie » est vrai parce que Mendoza est jolie. Vraisemblablement, tout le monde accepterait que tout énoncé vrai soit tel en vertu de sa condition de vérité. Ce que cette réponse dit, c’est qu'il n'y a aucune propriété commune en laquelle consiste la vérité des énoncés vrais ; il n'y a aucune propriété commune en vertu de laquelle tous et chacun des énoncés vrais sont vrais. Ceci serait, vraisemblablement, la réponse déflationniste au problème métaphysique de la vérité, mais cette réponse, comme nous l’avons vu, ne peut pas avoir pour base le fait que le prédicat véritatif n’est rien d’autre qu’un mécanisme de décitation, un dispositif pour la généralisation, ou accomplissant quelque autre fonction que celle d'attribuer une propriété. Cette réponse nécessite une autre justification.


 Peut-être pourrait-on avancer que la réponse déflationniste au problème métaphysique de la vérité est meilleure que celle de la TVC parce qu’elle n'a pas les engagements ontologiques de cette dernière. En effet, La TVC à tout le moins s'engage envers ce à quoi correspond le langage, quoi que ce soit (e.g. faits, tropes, particuliers), si ce n’est aussi envers une relation de correspondance. La réponse déflationniste est aussi plus simple conceptuellement. Et simplicité conceptuelle et économie ontologique sont des vertus des théories, c’est pourquoi on pourrait soutenir que la réponse déflationniste doit être préférée à celle de la TVC.


Mais simplicité conceptuelle et économie ontologique devront être utilisées pour préférer une théorie T à une théorie alternative T* à condition que, ceteris paribus, T et T* soient de façon égale de bonnes théories. Si T ne constitue pas une explication appropriée du phénomène qu’elle prétend expliquer, alors sa simplicité conceptuelle et/ou son économie ontologique ne sont des fondements pour la préférer face à une théorie alternative T* que si elle parvient au moins à rendre compte du phénomène en question, même si elle implique un meilleur appareil conceptuel et/ou un meilleur compromis ontologique.


Cependant la réponse déflationniste au problème métaphysique de la vérité est, je crois, inadéquate. Certes, selon cette réponse, même si « La neige est blanche » est vrai parce que la neige est blanche, « Mendoza est jolie » est vrai parce que la ville de Mendoza est jolie, etc., il n'y a aucune propriété commune par laquelle les énoncés vrais sont vrais. Mais pourquoi « La neige est blanche » est-il vrai parce que la neige est blanche et pourquoi « Mendoza est jolie » est-il vrai parce que Mendoza est jolie ? La réponse doit être que la condition de vérité de « La neige est blanche » est que la neige est blanche, et que la condition de vérité de « Mendoza est jolie » est que Mendoza est jolie. En d'autres termes, les énoncés vrais sont vrais en vertu de leur condition de vérité, et chaque énoncé spécifie sa propre condition de vérité. Mais cette réponse n’est pas satisfaisante, car les énoncés faux possèdent aussi des conditions de vérité. Si ce qui rend vrai un énoncé est sa condition de vérité, alors tous les énoncés devraient être vrais, puisque les énoncés faux possèdent aussi des conditions de vérité. La réponse déflationniste au problème métaphysique de la vérité est donc insatisfaisante.


Mais peut-être le déflationniste s'aventure-t-il à dire quelque chose de plus sur la différence entre un véritable énoncé et un faux. Peut-être le déflationniste dit-il que ce qui distingue un énoncé comme « La neige est blanche » d'un énoncé comme « La Lune est cubique » est que la condition de vérité du premier est réalisée, tandis que la deuxième ne l’est pas. Mais qu'est-ce que cela signifie, qu'une condition de vérité « soit réalisée »? Qu'elle existe, vraisemblablement. Mais si quelques conditions de vérité existent, alors elles sont des entités. Quel type d'entités ? Faits, tropes, particuliers qui satisfont certains prédicats ? Supposons qu’il s’agisse de faits. Alors, pourquoi est-ce que « La neige est blanche » serait vrai en vertu de l'existence du fait que la neige est blanche et pourquoi est-ce que « Mendoza est jolie » serait vrai en vertu de l'existence du fait que Mendoza est jolie ? Une réponse plausible est que le premier énoncé représente le premier fait et donc, étant donné son existence, qu’il lui correspond ; alors que le deuxième énoncé représente le deuxième fait et donc, étant donné son existence, qu’il lui correspond. Mais ces réponses sont des réponses typiques de la TVC, pour laquelle la propriété commune aux véritables énoncés – en vertu de laquelle ils sont vrais – est qu'ils correspondent aux faits ou à quelque autre élément de la réalité.


L'explication déflationniste, disant pourquoi les énoncés vrais sont vrais, est incomplète, et pour la compléter, il faut se tourner vers une version de la TVC. Bien sûr, la TVC fait face à de sérieuses objections, e.g. comme l’« argument du slingshot », et elle doit être défendue contre celui-ci, et élaborée de façon à demeurer la réponse au problème métaphysique de la vérité[5]. Mais mon avis ici est simplement que la TVC est capable de fournir une réponse prima facie plausible au problème métaphysique de la vérité, problème pour lequel le Déflationnisme ne donne pas de réponse plausible.


Y a-t-il d’autres réponses possibles au problème métaphysique de la vérité, outre la TVC et le Déflationnisme ? Oui, il y en a, mais elles sont clairement inférieures à la TVC. La théorie cohérentiste disant que la vérité des énoncés vrais consiste dans leur appartenance à un ensemble cohérent et simple de croyances, et la théorie pragmatiste selon laquelle la vérité des énoncés vrais consiste dans leur utilité, sont facilement éliminables. Personne ne nie qu'il y ait une étroite corrélation entre la vérité et l'utilité, et entre la vérité et les systèmes de croyances cohérentes et simples, mais une corrélation étroite n'est pas une identité (Horwich 1998 : 9). Finalement, il y a la théorie disant que la vérité est une caractéristique indéfinissable et inexplicable, simplement possédée par quelques énoncés, et faisant défaut aux autres. Selon cette théorie, la vérité d'un énoncé est un fait brut à propos de celui-ci, un fait pour lequel on ne peut donner aucune explication. Mais cette théorie ne peut être adoptée tant qu’il n’est pas démontré que la TVC n'explique absolument pas ce qu’elle prétend expliquer, à savoir la vérité des énoncés vrais, car on ne peut pas accepter une théorie disant que certains phénomènes ne peuvent pas être expliqués tant que l’on n’a pas éliminé toutes les théories qui prétendent les expliquer.



5. Nous avons vu qu'il y a un problème, que j'ai appelé « le problème métaphysique de la vérité », pour lequel le Déflationnisme n'est pas une réponse viable, tandis que la TVC l'est. Le problème métaphysique de la vérité ne concerne aucun concept ni aucun prédicat. Il concerne certaines entités auxquelles nous appliquons le prédicat « vrai » : en vertu de quoi sont-elles vraies ? Y a-t-il une propriété dont la possession implique la vérité ? Si oui, quelle est cette propriété ?


Peut-être que Barrio pourrait accepter la réponse de la TVC au problème métaphysique de la vérité, mais nier que ces réponses fassent partie de la théorie correcte de la vérité. Or cette stratégie est viable seulement si on comprend la théorie de la vérité comme la théorie donnant la meilleure réponse au problème de la définition ou de l’analyse du prédicat véritatif, ou celle qui rend compte de la fonction du prédicat véritatif, mais non comme celle qui rend compte, de la façon plus générale possible, de la vérité des énoncés vrais. Le problème de la vérité – qui concerne la vérité et non le prédicat de vérité – est exprimé par la question : « qu'est-ce que la vérité ? », ou « en vertu de quoi les énoncés vrais sont-ils vrais ? » Ou encore : « En quoi consiste la vérité d'un énoncé vrai ? ». C’est un problème que toute théorie de la vérité doit affronter, indépendamment de ce que l’on a à dire sur la nature et la fonction du prédicat véritatif. Tant que l’on ne montre pas que la TVC ne fonctionne pas ici, ou qu'une réponse déflationniste est meilleure, on n’aura pas montré qu'il n'y a pas des motifs pour l'accepter. Par conséquent, je pense que malgré les mérites du livre de Barrio et la force de son attaque sur le correspondantisme, la TVC est encore en course, et que c’est elle qui a le plus de chances d'être la meilleure théorie de la vérité[6].




REFERENCES
BARRIO, E. [1998]. La Verdad Desestructurada, Buenos Aires, Eudeba.
GRIM, P. [1984]. ‘There is no set of all truths’, Analysis, 44: 206-08.
HORWICH, P. [1998] Truth, second edition, Oxford, Oxford University Press.
RODRIGUEZ-PEREYRA, G. [1998], ‘Searle’s Correspondence Theory of Truth and the Slingshot’, The Philosophical Quarterly, 48, 513-522.
RODRIGUEZ-PEREYRA, G. [1999]. ‘Truthmaking and the Slingshot’, en Uwe Meixner and Peter Simons [eds.], Metaphysics in the Post-Metaphysical Age. Papers of the 22nd International Wittgenstein Symposium, vol. 2, Kirchberg am Wechsel, Austrian Ludwig Wittgenstein Society, 1999, 177-184.
SEARLE, J. R. [1996]. The Construction of Social Reality, Harmondsworth, Penguin.




[1] « El problema metafísico de la verdad », Revista Latinoamericana de Filosofía, 2000, 26 (2), pp.353-59 [NdT.]. Traduit de l’espagnol au français par : Alejandro Pérez.
[2] La contrainte des conditions correspondantistes à une certaine classe significative de vérités est que le partisan de la TVC n’a pas besoin d’affirmer que la vérité de toutes les vérités consiste en une certaine correspondance avec certaines entités. En particulier, beaucoup des partisans de la TVC rejetteront l'idée que les vérités analytiques soient véritables en vertu de leur correspondance avec une entité quelconque. Et beaucoup d'autres rejetteront l'idée, par exemple, que la vérité des vérités négatives, existentielles ou non, consiste dans leur correspondance avec des entités. Les contrefactuels et les généralisations universelles aussi se comptent parmi les énoncés problématiques pour la TVC.

[3] Ceci n'est pas strictement ainsi, puisque les énoncés qui contiennent des termes indexicaux présentent des problèmes de schème d'équivalence. Mais étant donné que ces problèmes ne sont pas essentiels au thème de ce travail j’éviterai les énoncés qui contiennent des termes indexicaux.
[4] Il faut résister ici à la tentation de parler de l'ensemble des énoncés vrais. Il est facile de voir qu'il n'y a pas de tel ensemble, car la supposition de son existence implique contradiction. En effet, supposez qu'il y ait un ensemble C dont les membres sont tous et seulement les énoncés vrais. Puis envisagez l’énoncé suivant O : ‘O n'appartient pas à C’. Si O est vrai alors il appartient à C et donc il est faux ; si O est faux alors il n'appartient pas à C et donc il est vrai. O est vrai si et seulement si il est faux, ce qui est une contradiction claire. Donc l'ensemble C n'existe pas.
Il y a un autre argument, proposé par Patrick Grim (1984), qui montre qu'il n'y a pas un ensemble de toutes les vérités, lequel se base sur le théorème de Cantor, qui est que la puissance de l’ensemble C est toujours plus grande que C.
[5] Pour une défense de la TVC de l'argument du « slingshot » voir mon ‘Truthmaking and the Slingshot’ (1999). Une autre défense de la TVC et de cet argument peut se trouver dans le livre de Searle, The Construction of Social Reality (1996: 221-226). Pour une critique de la défense de Searle voir mon ‘Searle’s Correspondence Theory of Truth and the Slingshot’ (1998).
[6] Je remercie Eduardo Alejandro Barrio pour nos discussions sur le thème de la vérité qui m'ont aidé à éclaircir ma position. Je remercie aussi Churchill College pour son soutien institutionnel.

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